Vague (à l'âme)

Au coeur du silence intérieur
Myriam
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Vague (à l'âme)

Message par Myriam » 26 Nov 2019, 21:27

Ce sujet originalement posté dans "autres sujets" a été copié ici car la réponse concerne la méditation profonde
Bonsoir et merci de ce nouvel espace de partages !

C'est le soir et je m'autorise à être hors sujet dans cette rubrique "autres"... Simplement pour vous dire qu'il ne m'est pas si facile d'accueillir avec équanimité les méditations journalières indépendamment de l'impression qu'elles ont été "bonnes" ou "ratées" (vous devinez sans doute : c'était plutôt "raté" pour moi aujourd'hui :P )

J'essaye de m'accrocher à cette image de l'océan qui n'essaye pas de retenir ses vagues : puisqu'elles ne peuvent que venir il les laisse passer, qu'elles soient fougueusement belles ou tristement brisées, sans chercher à les faire durer les unes plus que les autres. Se consoler des chagrins en sachant qu'ils vont passer (c'est une chose), mais ne pas s'agripper non plus aux joies, ni même chercher à ce que les unes compensent les autres (voilà qui me semble redoutablement plus ardu)...

Pendant ce temps, la"société Wavelandes compte ouvrir, à l'horizon 2020, le premier parc d'Europe à vague artificielle dotée de la technologie « TheCove® », à Castets (Landes)"**. Se pourrait-il que l'aberration écologique soit aussi une surdité profonde à cet appel ?

....

Bonne nuit, et vivement demain (même si c'est sans doute très bien aussi, le vague à l'âme du soir... au moins il me donne l'élan de vous écrire) !

Myriam

____ NOTES DE BAS DE PAGE

Dans la Leçon 134 de Yogani (Q&R - Le yoga et la psychologie occidentale) je lis : "La psychologie occidentale est comparable au fait d'analyser les vagues qui surgissent à la surface de l'océan, tandis que le yoga, et en particulier la méditation profonde, c'est comme de nettoyer l'océan en partant du fond et en remontant vers la surface, à des niveaux où l'analyse n'est pas possible".

Sur le blog de David Dubois, on peut lire cette citation attribuée à Abhinavagupta (Grande méditation, I, 6, https://shivaisme-cachemire.blogspot.co ... s-fin.html) : "D'où viennent les vagues ? De l'océan. Le ressac de la mer, quoique distinct de cette mer, n'est rien d'autre que sa substance et son mouvement. Contempler l'océan nous fait sentir cette vérité : le Tout est un mouvement immobile, une agitation sereine.
Les vagues, douces ou aiguës, régulières ou scélérates, ne sont rien d'autre que le désir de la mer. Cet élan gonfle en vagues qui ne cessent jamais de parcourir l'immensité infinie car, comme dit Abhinava, "la conscience est une mer, et la mer n'est jamais dépourvue de vague".
Les vagues sont le désir de la mer, sa liberté souveraine, son jeu gratuit.
Et ressentir cela, c'est réaliser que nous sommes ces eaux sans limites animées d'une onde profonde - "je"."

** source : https://www.lequipe.fr/Adrenaline/Surf/ ... des/928970

Karah̥
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Re: Vague (à l'âme)

Message par Karah̥ » 28 Nov 2019, 00:01

Bonsoir Myriam,

Merci à toi et bienvenue dans ce forum tout neuf! On reconnaît bien typiquement dans ton message le profil type de la yogini AYP: rebelle par définition, et qui prend un plaisir extatique à d'ores et déjà tester les limites de ce nouveau terrain de jeu sur fond littéraire. Exprime-toi, c'est là pour ça. Une promesse pour moi de me régaler à lire tes posts délicieux ;) (pour les autres: vous aurez compris, nous nous connaissons déjà)

Il ne peut pas y avoir de méditation profonde ratée ou réussie. Cela n'a pas de sens d'ailleurs car la méditation est un état induit sur lequel nous n'avons aucun contrôle. A partir du moment où tu suis le processus de répéter silencieusement le mantra sans le localiser à un endroit du corps en particulier, que naturellement, tu perds le mantra et que tu en reprends la répétition dès que tu te rends compte que tu l'avais perdu, alors tu es en méditation profonde. La méditation profonde est ce moment précis entre celui où tu perds le mantra et le moment où une pensée émerge et t'emporte avec elle comme une vague dans le courant marin. Et plus nous méditons plus ce moment s'allonge. Alors nous nous retrouvons quelque part dans les profondeurs de l'océan, qui n'est ni le sommeil, ni l'état de veille, mais quelque chose entre les deux: c'est l'état de samadhi.

La plupart du temps quand les personnes parlent de méditation ratée, elles font référence à un flot ininterrompu de pensées qui se succèdent dans un courant si fort que l'on ne peut que le suivre. Quand cela se produit, c'est en fait une bonne chose: les pensées qui émergent sont celles qui ont besoin d'être nettoyées. Donc si elles émergent pendant la méditation, bonne nouvelle, elles seront évacuées ou si c'est un évènement un peu traumatisant ou trop stimulant, l'impact sera grandement diminué. Plus nous méditons, plus le flot de pensées se calme, remplacé par... le silence intérieur. D'où l'intérêt de le faire deux fois par jour, comme cela on est sûr que tout ce qui est superficiel sera nettoyé le jour même ;)

Cela peut dépendre aussi de l'heure à laquelle tu médites. En effet nous ne faisons pas du tout la même expérience le matin au réveil, lorsque le mental est calme et le soir après une journée chargée, surtout si on a bu du thé et du café dans la journée. Cela dépend aussi de la préparation à la méditation (asanas et pranayama).

Tu es en train d'apprendre à te connaître: c'est une facette du self-pacing. Savoir comment on réagit à telle ou telle heure, après avoir vécu telle ou telle chose, après telle ou telle préparation. Contente-toi d'observer ce qu'il se passe, sans jamais porter de jugement. Simplement t'asseoir chaque jour, fermer les yeux et reprendre le mantra là où tu l'avais laissé.

Quand tu dis "J'essaye de m'accrocher à cette image de l'océan qui n'essaye pas de retenir ses vagues ...." Que se passe t-il à ce moment là si cette pensée survient en méditation? S'accrocher à quelque chose est comme essayer de donner une direction et en faisant cela, une tension se crée et l'état de méditation n'est plus possible; mais c'est très simple, lorsqu'on se rend compte que l'on a cette pensée, il suffit de revenir au mantra...

Il ne sera jamais possible d'y accéder par le mental car c'est au-delà du mental. Ceci dit, il y a un moment où le mental entre en jeu dans le processus d'Eveil: c'est le Jnana Yoga, mais pour qu'il se produise, il faut déjà qu'il y ait beaucoup de silence intérieur, que l'on cultive avec la méditation. Mais à ce niveau là, les règles ont changé: on ne réfléchit plus de la même façon car chaque décision prend racine dans le silence intérieur.

Paradoxalement, c'est parce qu'on lâche prise en méditation sans essayer de comprendre, que l'on obtient une forme de contrôle sur ce mental en retour: il se calme. L'énergie sait ce qu'elle a à faire, elle a sa propre intelligence. La seule chose que nous avons à faire, c'est lui faire confiance et lui ouvrir la porte.

Merci pour tes citations de Yogani et d'Abhinavagupta qui sont très pertinentes, ces métaphores sont très belles et m'invitent à fermer les yeux pour mieux les ressentir.


Belles pratiques
A bientôt ;)

Myriam
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Re: Vague (à l'âme)

Message par Myriam » 12 Déc 2019, 18:00

Merci BEAUCOUP Amandine, voilà que je respire déjà mieux !

(et découvre un peu tardivement la fonctionnalité des "notifications" qui m'avertit de la réjouissance de vos réponses... JOIE)

Bazar74
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Re: Vague (à l'âme)

Message par Bazar74 » 16 Jan 2020, 12:26

De temps à autre, lorsque je descend de la chambre après ma méditation, ma compagne me demande : how was your meditation ?

Et oui alors ! Comment c'était ???

A ce moment là, cela vous frappe en plein visage... oui, j'ai une opinion sur la pratique que je viens d'avoir. Je la trouve profonde, perturbante, agaçante, ennuyeuse, magnifique, intéressante ou tout l'inverse. J'ai une opinion et le nier me ferait basculer dans la fausse sagesse... car je comprends le bien fondé de ressentir et vivre pleinement l'instant présent. Même que je l'expérimente souvent lorsque les mots laissent place au champ de conscience pure et j'en suis fier ! Mais la, ce soir, franchement c'était nul !!!

Mais s'il vous plait, allons plus loin... et surtout, soyons sincères avec nous-même... nous fuyons le mal et nous recherchons le bien. Ces concepts sont d'ailleurs devenus innés pour nous, si bien que nous savons d’emblée qui est qui... pas vous ? qu'en est-il du meurtre, du viol, de l'effondrement psychologique, de la déprime ou encore d'une cheville luxée avec le type qui vous hurle de douleur dans les oreilles ? alors ?? Does it ring a bell ?


Lorsque j'ai commencé le yoga, je l'ai fait car mon dos me faisait souffrir et que je souhaitais aider mon corps à guérir.

Lorsque j'ai commencé la méditation, je l'ai fait car je regardais ma vie, plein de désespoir et de douleur sans ne plus savoir quoi y faire.



Et depuis, je médite... matin et soir, je médite. Je pratique cet art. Et parfois, matin et soir, ma pratique n'est pas terrible, rien de bien notable ne se produit. Petit à petit mon égo commence à me rattraper et les belles expériences de la pratique semblent être un lointain rêve. Néanmoins, je médite matin et soir.

Un jour que mon humeur est plus noire que les autres, je me rend, j'abandonne, je lâche prise et ce jour-la l’expérience de purification est là ! ... non pas que je l'ai finalement "méritée" mais plutôt parce que j'ai arrêté de me battre pour l'avoir, car finalement je n'ai plus rien à perdre, même pas la vie. (je ne sais pas pour vous mais à chaque fois que la kundalini va monter, mon instinct de survie me demande : tu es bien sûr de ce que tu fais la ? parce que moi je flippe !!)


Chercher à devenir est la meilleur manière de passer à coté de ce qui est, mais prétendre être arrivé alors que l'on est visiblement en chemin est encore plus dangereux. Alors arrêtons de nous cacher et vivons. Vivons la douleur, vivons la joie, vivons les larmes et les sourires en sachant au fond de nous que notre dévotion à faire inlassablement le choix d'aller méditer matin et soir nous permettra juste de vivre la vie encore plus intensément.

Et la douleur nous mettra en quête de notre témoin pour en profiter jusqu'à ce que cela nous en éloigne à nouveau et que la peine de notre perte nous y ramène un jour pour de bon... ou l'inverse, qui sait ! Alan Watts said : Endless persuit of pleasure eventually leads to the persuit of pain.

Quoi qu'il en soit : je veux croire que vivre ma vie suffit et que j'arriverai à la vivre pleinement sans détourner encore les yeux lorsque "le mal" se présente !

En vous souhaitant de vous consacrer à votre isha corps et âme ! Avec tout mon amour,

Bazar

Karah̥
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Re: Vague (à l'âme)

Message par Karah̥ » 16 Jan 2020, 18:28

Bonjour Bazar,

**dsl pour les accents,je suis en deplacement et je n'ai pas acces a un clavier azerty**

Merci pour cet echange. Il est vrai que nous avons tous ou presque des idees, des opinions ou jugements, sur ce que nous vivons. Ce que nous vivons en meditation n'etant que le reflet de ce que nous vivons entre deux pratiques. Il ne s'agit pas de nier quoi que ce soit. On peut le voir, regarder la pensee, l'observer un instant car elle est la et cela est bien juste, et et pas vouloir la regarder serait la nier; mais il s'agit la de ne pas porter d'attention a ce qui ne nous sert pas vraiment. Est-ce que la pensee "ma meditation etait nulle aujourd'hui" a une reelle utilite? La realite sans filtre est que "ma meditation etait." ...comme elle etait. "nul" est une opinion ou jugement qui vient de l'ego et de son experience avec ses desirs et ses attentes. Mais la meditation en elle-meme n'etait ni bonne ni nulle. Elle etait comme elle etait. L'experience faite par l'ego etait bonne ou mauvaise, voila pourquoi Yogani propose de ne pas s'attacher aux experiences car elles appatiennent a l'Ego. Donc si on y porte attention, c'est l'ego qui se developpe ... Pourquoi ne pas alors prendre cette pensee "ma meditation etait...aujourd'hui" et la relacher dans le silence interieur? Ce que Yogani explique dans d'autres mots est que le Prana va ou l'attention va. Il suit l'attention. Ce qui va se developper est donc ce sur quoi on va porter l'attention. Donc en portant l'attention sur ce qui est nul ou genial, le risque est de develpper un attachement positif ou negatif a une experience, chercher a la developper ou au contraire a l'eviter ou pire avoir peur qu'elle se reproduise. Voila pourquoi systematiquement relacher toute experience dans le silence interieur permet de developper... le silence interieur. Sauf que dans l'instant si on le fait dans le but de se dire, je vais developper plus de silence interieur, c'est aussi un attachement. Voila pourquoi on en revient toujours aux instructions de base de Yogani. Faire sans se soucier de ce qui se produit ou emerge, et revenir systematiquement au mantra des que c'est possible sans effort. Pour le reste, il se produit ce qui doit se produire. Il est vrai que c'est quand on lache prise que nous recoltons en echange d'autres choses, mais ce lacher prise ne se controle pas non plus. Il se produit quand il se produit, quand c'est le bon moment, quand le fruit est mur, il se detache...

Il ne s'agit pas non plus de nier les choses horribles qui se produisent. C'est juste, il est necessaire les regarder, de les reconnaítre pour avancer, mais porter son attention sur ce qui peut etre change ou fait plutot que de rester en colere et en souffrance en se positionnant en victime, par exemple, nous empeche la plupart du temps d'agir pour le bien commun. Typiquement d'ailleurs, la colere provient de la non-acceptation de ce qui est, le refus avec violence de ce qui est.

Merci aussi de rappeler justement que personne ne peut pretendre étre vraiment "arrive" puisque cela ne sera pas possible avant que l'Humanite entiere y parvienne aussi puisque nous ne formons qu'Un; et qu'il est donc plus que necessaire de s'aider les uns les autres pour y parvenir plus rapidement en tratant d'agir et de parler pour le bien commun plus que pour le bien personnel quand cela est possible. Il est primordial de le rappeler car beaucoup se sont heurtes a cet ecueil sur ce chemin vers l'Eveil. Mais on peut aussi reagir avec compassion sans jugement face a de telles personnes, parfois dangereuses certes, souvent inoffensives, et de simplement reconnaítre ce qui est: des egos errants en souffrance.

Bienvenu sur ce forum!
Amandine

Bazar74
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Re: Vague (à l'âme)

Message par Bazar74 » 17 Jan 2020, 09:42

Bonjour à Amandine et aux autres,

Tout d'abord je te remercie de ta réponse à la fois subtile et éclairée.

Je me souviens d'une lecture que j'ai eu il y a quelques temps ou l'égo était présenté comme nécessaire. En effet, ce dernier était décris comme une sorte d’échafaudage entourant un édifice en rénovation. Loin d'être beau, notre égo était alors catapulté à l'avant de la scène, servant d'outil indispensable à l'accomplissement de la tâche : mettre à jour l'or qui était là, juste en dessous. Bien entendu, on pourrait alors confondre l'importance de l'outil avec l'importance de la tâche à accomplir mais je préfère voir l'édifice travaillant main dans la main avec l'outil.

Vous l'aurez compris, j'aime le terre à terre et le pratique. C'est d'ailleurs pour cette raison que je te rejoins lorsque tu dis de systématiquement relâcher dans le silence. Car se faisant, on lâche prise, on laisse partir... un grain d'oxyde a été retiré à l'édifice. Et cela peut s'appliquer à tout le panel de ce que l'on ressent, parfois avec du temps et d'autres fois avec beaucoup de temps. Mais à la fin, tout sera emporté.

Le piège pour moi ici et de me dire que je sais ce qui doit être enlevé, basé sur mon expérience de la vie ou sur celle qui est enseignée. Non. Mais mon temple intérieur lui le sait et soudain vous ressentez l'Appel et vous faites. La solution est venue du silence, il n'y avait pas à réfléchir, vous avez juste fait. Comme tu le dis si bien, la clé est le silence à l'intérieur et de revenir inlassablement aux pratiques.


Maintenant que je vois que l'intérieur est en chantier, je peux enfin me retourner et voir le miroir du monde et des autres comme un gigantesque chantier planétaire, que dis-je, galactique. Et je reconnais que tout est bien à sa place pour mener à bien notre projet de rénovation... maladroitement, certes, mais qui toujours va de l'avant.

Avec tout mon amour.

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